jeudi 9 mars 2017

Chronique du curé de Coudray (1785)


Sous l'Ancien Régime, les curés, chargés de rédiger les actes de baptêmes, mariages et sépultures, profitaient parfois de la dernière page du registre pour laisser quelques notes susceptibles elles aussi de traverser les époques.
 
Ces notes font souvent référence à des événements marquant pour la paroisse : intempéries, épidémies, faits divers...
 
En fin d'année 1785, le curé Halley, prêtre de Coudray dans l'Eure, nous transmet un résumé de la météo de l'année et de ses répercutions sur les récoltes et le prix des denrées.

Registre Paroissial de Coudray - 1785 - Archives Départementales de l'Eure


 
"L'hyver a été fort pluvieux et quantité de cidres 
ne sont point clarifiés, soit par rapport aux pluies 
de l'automne derniere et de l'hiver ; soit par rapport à 
La quantité de fruits ; soit enfin parce que L'on n'y 
avait point mis d'eau. Ils ont toujours été sans 
couleur et tres durs.
les pluies et les gelées ont retardé les mais. le temp est 
devenu beau, mais tres sec, ce qui en a empêché la pousse 
aussi bien que celle de l'herbe. La vie des animaux et 
devenue tres chere. le cent de gerbe de vesse a été vendu 
cent francs. Le Roi a donné la permission de mettre 
les bestiaux dans la forêt. le beure a valu à gournay 
quarante et cinquante sols La livre. il a diminué 
de prix, mais il a toujours été fort cher. La seicheresse a continué 
jusqu'en automne. Le cent de pois a valu depuis trois louis 
jusqu'à 80 livres.
La récolte du bled n'a pas été fort en gerbe, mais abondante en grain, 
trois gerbes au boisseau. il u a eu beaucoup de noir. Ce qui a fait tort. 
je L'ai degraissé en faisant jetter de l'argile pulvérisée sur la 
gerbe en le battant ; en le purgeant bien au crible à moulin ; 
et en y répandant ensuite de la terre d'ombe jeaune. Il y a eu 
une abondance de vin sans qualité. il n'y a eu ni pomme, ni poire 
nulle part. mon pressoir n'a point servi. halley curé du coudray."

Il est intéressant de noter que si le cidre tient une grande place dans le récit (tout le premier paragraphe et une partie du dernier) il est concurrencé par le vin : le raisin sera, en effet, cultivé dans l'ensemble des région française, y compris la Normandie, jusqu'à la crise du phylloxera dans la seconde moitié du XIXe siècle, époque a partir de laquelle la culture du raisin se réduira aux régions viticoles actuelles.

Le texte nous donne également une idée des cultures pratiquées dans cette paroisse. Outre les fruits auxquels il a déjà été fait allusion (raisins, pommes et poires) on commente également la culture du mais, des pois et du "bled" que l'on doit comprendre ici dans sont sens ancien qui englobe à la fois le blé, bien sûr, mais aussi l'orge, l'avoine, etc... 

Les mauvaises conditions climatiques entrainèrent également la raréfaction de l'herbe dans les pâtures. Sur le marché de Gournay en Bray le prix du lait, du beurre, de la crème et du fromage augmente considérablement. Or c'est en parti sur le marché de Gournay que s'approvisionnent les marchants de la capitale. Le Roi, soucieux des conditions de vie de ses paysans normands et du ravitaillement de ses "bons bourgeois de Paris" tente d’améliorer la situation en autorisant le bétail à paitre dans la Foret de Lyons qui à l'époque lui appartient en propre.

Cette chronique nous apprend également que le curé est un peu, si ce n'est cultivateur, du moins propriétaire terrien. Il nous livre d'ailleurs sa méthode pour tenter de sauver les blés abimés par le manque de pluie... Il possède par ailleurs son propre pressoir, qu'il regrette de ne pas pouvoir utiliser cette année !

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